LA NOCE
Mon informatrice me raconte qu'il n'y avait pas de mariage sans avoir la grande demande de la part de l'homme au père de la demoiselle demande en mariage. Lorsqu'il y avait un mariage, les futurs époux se rendaient á l'église avec leurs témoins. Il n'y avait pas de grande défilée comme aujourd'hui. Seuls les mariés, leurs témoins et leurs parents étaient
présents. La journée la plus populaire était le mardi vers sept heure du matin.
C'était très rare de voir la mariée avec une longue robe. C'était plutôt une robe dont elle pouvait se servir par après. La couleur la plus populaire à l'époque était le bleu. Il y avait seulement la mariée qui avait une bague. Mon informatrice me fait la remarque que la mariée qui avait une bague de douze dollars, avait une bague chère. Si le mariage avait lieu pendant la saison estivale, la mariée avait un bouquet fait de fleurs des champs. Si le mariage avait lieu à l'automne ou à l'hiver, un bouquet fait de fleurs de papier crêpé. Le marié, pour sa part, avait un oeillet blanc fait de tissu. Ce corsage, il se l'avait procuré à la ville voisine.
La famille des mariés faisait de la nourriture pendant une semaine de temps. Le jour du mariage, les parents de la mariée préparaient le déjeuner pour la famille immédiate des deux côtés. Quand les mariées n'allaient pas faire un tour en ville, il y avait un diner chez les parents du marié pour tous les parents, voisins et amis. Il y avait aussi un souper chez les parents de la mariée avec aussi les parents, voisins et amis. Ces repas étaient toujours de bons repas chauds avec de la tarte et de la pâtisserie comme biscuits à la mélasse, beignes et n'oublions pas qu'à un de ces repas il y avait le gâteau des mariés fait en trois étages de haut.
Il y avait une soirée dans une maison, soit des parents ou d'un ami. À ces soirées, on avait de la musique à bouche, du violon, des chants etc. Le tout se finissait presque toujours par une danse même si parfois elle était défendue par le curé. La boisson était rare et celle qu'il y avait était à la maison.
Parfois les gens jouaient des tours aux nouveaux mariés. Ils attachaient des vieilles "cans" derrière l'auto qui conduisait les mariés. Cet auto était souvent emprunté d'un ami. Si les mariés ne pouvait se procurer d'un auto, ils se servaient, d'un cheval et les "cans" étaient attachées á l'arrière du chariot.
Parmis les cadeaux des mariés, on retrouvait des objets utiles comme des verres, des taies d'oreiller, des assiettes à tarte, des plats à pain, des lavettes etc.
LA MORT
Mon informatrice me raconte que le mort était enseveli par des personnes de la paroisse. Si la maison du mort n'était pas assez grande, on le plaçait chez un voisin. Le mort était exposé dans la meilleure chambre de la maison. Sur la face du mur où le mort serait exposé, on y faisait suspendre un grand drap blanc. Le mort était placé sur des planches montées par trois barils. On le recouvrait d'un grand drap blanc sauf le visage qui était couvert d'un petit morceau de tissu blanc. Lorsque les gens entraient, s'ils désiraient, ils pouvaient enlever le morceau de tissu qui recouvrait le visage.
Lorsque l'on enlevait le morceau de tissu, on pouvait remarquer que les yeux étaient gardés fermés par deux cents noirs et la bouche d'un morceau de linge qui passait juste en dessous du menton et était bouclé sur le fait de la tête.
Il y avait toujours une chandelle qui brûlait. On veillait le mort toute la nuit et on disait le chapelet à tous les heures. Le mort était exposé pour deux jours. À minuit, une collation était servie. On servait du "bologna", pain, biscuits à la mélasse, biscuits au sucre et du thé.
Le cercueil était fait par un charpentier de la paroisse. Une fois qu'il était fini, on y plaçait le mort pour les funérailles. Ce cercueil était noir à l'extérieur et blanc à l'intérieur pour les adultes et tout blanc pour les enfants. Le mort était transporté à l'église par un cheval ou par un petit camion d'un paroissien.
L'église était décorée en noir si on avait le moyen de payer une somme de cinquante dollars. Si on n'avait pas le moyen, il y avait très peu de décor. On ne retrouvait pas de fleurs comme on y retrouve aujourd'hui. Le prêtre était aussi vêtu de noir. La somme payée comprenait aussi une grande messe qu'on appelait la "messe de requiem". Si la somme n'avait pas été payée on faisait chanter une basse messe. Les chants des funérailles étaient habituellement chantés par deux personnes de la paroisse. Mon informatrice fait la remarque que le chant "libéra" faisait pleurer tout le monde. Presque tous les paroissiens assistaient aux funérailles. L'épouse d'un mort portait un chapeau recouvert d'un voile noir. En plus, elle devait porter du noir pour un an ainsi que la famille immédiate. L'époux ou l'épouse devait s'abstenir de toutes soirées pour les deux années qui suivirent. Les parents et les enfants pour une année et les frères et les soeurs pour six mois.
La fausse était creusée au pic et à la pelle hiver comme été. La tombe était habituellement une croix en bois.
Lorsqu'on faisait chanter le service anniversaire il y avait en avant sur l'autel une boîte de bois sous forme de cercueil recouvert d'un catafalque: communément appelé le drap mortuaire. Ce catafalque était un grand drap noir avec une crois au centre.
NOËL
Mon informatrice me raconte que pour eux, l'importance de Noël était la messe de minuit. S'ils étaient éloignés de l'église, il fallait s'y rendre à pieds. Pour mon informatrice, le départ de la maison se faisait vers huit heure afin d'avoir le temps de se confesser. S'il ne faisait pas clair de lune, on amenait une lampe de poche. La messe de minuit était suivie de deux autres messes dont la messe de l'aurore. Les trois messes étaient égayées par de beaux cantiques de Noël. Le minuit chrétien était chanté à minuit tapant par un vieil homme de la paroisse qui a chanté pour plus de vingt ans. L'église était remplie et tout le monde restait pour les trois messes. Après les messes, on se souhaitait joyeux Noël sur le perron de l'église par une poignée de main et un petit "bec".
De retour à la maison, vers trois heure, on avait un réveillon avec du pâté à la viande.
Le jour de Noël, l'échange de cadeaux était plutôt rare. Si elle se faisait, c'était surtout avec de la nourriture, bocal de confiture etc. Les enfants étaient contents de leurs habits neufs fait dans du vieux.
Les enfants faisaient suspendre leur bas de Noël dans la cuisine près du poêle. Dans le bas, on y retrouvait parfois une orange, une pomme, des bonbons à la crème, des mitaines, un cahier, un crayon, une ardoise etc. Les jouets étaient très rares.
Le jour de Noël, la famille se réunissait pour le dîner qui comprenait de la volaille et pour le dessert on avait du gâteau au chocolat, qu'on ne voyait qu'à Noël, et du pudding à la vapeur. L'après-midi, on rendait visite à la parenté. Le soir, les amis se réunissaient dans une maison pour divertissement avec musique, chants etc.
On ne voyait pas l'arbre de Noël dans toutes les maisons, peut-être dû au manque d'espace ou au manque d'argent pour les ornements. On ne voyait pas les décorations qu'on voit de nos jours.
JOUR DE L'AN
Mon informatrice me raconte qu'on commençait d'abord par veiller la vieille année, qu'on appelait le "chu de l'an", avec de la musique, danses et parties de cartes. À minuit, tout le monde s'embrassait et se souhaitait "bonne et heureuse année et le paradis à la fin de vos jours". Les souhaits se faisaient à toutes les connaissances.
Jour de l'an au matin tous ceux qui pouvait assistait à la messe.
Le dîner du Jour de l'an rassemblait tous les membres de la famille qui pouvaient y assister. Le menu était le même qu'à Noël sauf dans quelques maisons on faisait des poutines râpées.
Après le repas, on attelait les chevaux à la carriole ou aux traineaux et là on faisait le tour du canton en chantant les chants de Noël et du Nouvel An. On rendait visite en commençant par les grands-parents et la proche parenté sans oublier le parrain et la marraine. Chaque maison avait sa traite. Souvent c'était des bonbons "mix" et du vin de maison fait parfois de bleuets, mûres ou noires, betteraves etc... Le vin était fait l'été pour être prêt pour l'hiver.
Le soir, on se rencontrait dans une maison pour écouter de la musique à bouche, du violon et des chants. Les parents et amis qu'on n'avait pas visités au Jour de l'an, on leur rendait visite à la fête des rois.
MARDI GRAS
Mon informatrice me raconte que Mardi Gras était aussi une journée spéciale. On se rencontrait dans une maison pour musique, danse, mets spéciaux dont poutines râpées, sucre à la crème, tire etc. Mais quand minuit sonnait tout le monde s'en retournait chez eux pour ne plus manger de friandises ni danser. On disait le chapelet avant de partir. Pendant le carême, pour nous c'était vraiment un temps de pénitence, l'église était remplie pour le mercredi des cendres et tous les mercredis et vendredis suivant pour faire chemin de croix.
La semaine sainte était aussi bien observée, on commençait le jeudi saint pour les Offices de l'église. Vendredi Saint, c'était comme un dimanche (ce temps-là). On gardait silence de midi à 3 heures (le temps de la montée au calvaire et la mort de Jésus). Samedi Saint, c'était jeûne et abstinence jusqu'à midi et le carême était fini. Les réjouissances de Pâques commençaient. Bien des familles se rassemblaient encore pour le diner de Pâques.
Tous les jours de carême excepté le dimanche, toutes les personnes de 21 ans jusqu'à 65 ans devaient jeûner c'est-à-dire 3 onces de pain le matin, gros dîner et le soir 7 onces de pain.
HALLOWEEN
Mon informatrice me raconte que la Halloween était attendue avec impatience, bien sûr les enfants se costumaient et même les adultes. Ils se costumaient avec des vieux linges et une masque. Mais ce n'était pas tout le monde qui étaient contents de les recevoir. Ils surveillaient les passants avec du bois à la
main ou même des pots d'urines. Ça beaucoup changé aujourd'hui, presque tout le monde à la porte ouverte. Les traites les plus populaires étaient des pommes, sucre à la crème et de la tire. Certains gens ne passaient pas les maisons pour une traite mais pour faire des tours. Ils enlevaient les barrières et laissaient sortir les animaux. Quelques-uns allaient même jusqu'à voler des poules pour se faire des fricots.
Informatrice: Jeanne Savoie
Intervieweur: Gilles Manuel
Projet universitaire (11 novembre 1988)